| Sur le potentiel des vins blancs corses
Les blancs de Corse peuvent-ils supplanter les vins produits sur la côte continentale de la Méditerranée ?
Je le soupçonnais depuis dix ans. Aujourd'hui, j'en suis convaincu. Outre les sols argilo-calcaires et les schistes de Patrimonio, le reste de la Corse possède avec ses sols schisto-granitiques (acides) des terroirs très favorables aux vins blancs. La minéralité y est renforcée par l'altitude moyenne (près de 20 sommets culminent à plus de 2000 mètres), des vents marins qui, balayant l'île sans relâche, contiennent la température, et des vendanges très précoces (première semaine d'août). Autant de conditions qui permettent de tirer le meilleur de cépages, tel le vermentino, ce vieux cépage méditerranéen célébré en Grèce, en Toscane et en Ligurie. Pour s'en convaincre, il suffit de goûter la cuvée E. Croce d'Yves Leccia (magnifiques notes de pêche de vigne et de fruits jaunes), la divine cuvée Carco d'Antoine Arena ou encore le Clos Marfisi de Toussaint Marfisi.
A Calvi, ne manquez pas l'exotisme et la maturité des blancs d'Etienne Suzoni, ni les rosés de Bernard Renucci. Le Calvi 2001 de ce dernier (niellucio, sciacarello, syrah) est pour moi, le plus grand rosé de l'Ile (on le devine dès l'examen de sa couleur, à la fois franche et peu évoluée). Dans le Sud, mettez le cap sur le Clos Canarelli, le plus grand domaine de Figari. Son vermentino vinifié en barrique offre un gras, une fraîcheur et un volume qui intéresseront, j'en suis sûr, les amateurs de viognier.
Et puis, à l'intention des découvreurs, une suggestion : laisser vous tenter par le blanc moelleux d'Antoine Arena, produit à base de bianco gentile, un cépage autochtone qu'il a le mérite de sauvegarder. L'histoire lui donne raison. Merci Antoine.
Le monde du vin par Olivier Poussier in la Revue des Vins de France juin 2002
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