| Le mystère du vin jaune
Une visite dans le jura est toujours l'occasion de célébrer le mystère du vin jaune. La percée organisée à Montigny-les-Arsures, n'a pas dérogé à la règle. J'ai pu y vérifier que les grands millésimes solaires ne sont pas toujours les plus favorables aux vins de voile. Cette méthode réclame en effet beaucoup d'équilibre, et donc d'acidité. Or la surmaturité liée à l'excès de soleil donne souvent des vins qui se fatiguent plus vite, manquent de fraîcheur et de couleur. Un exemple, le millésime 1976, grand en Côtes du Jura montre aujourd'hui ses limites dans les vins jaunes. En revanche, 1964, moins exposé, se révèle magnifique. J'ai été ébloui par le Château-Châlon de la fruitière viticole de Voiteur. Arômes de fruits secs de dattes et de curry, joli rancio, ossature et structure sans défaut... Coup de chapeau également aux millésimes 1979, 1985, 1990, 1995. Les années passant, on devient plus exigeant. Cette escapade jurassienne a aussi été pour moi l'occasion de goûter l'un des plus beaux vins de ma vie. Je n'oublierai jamais la sublime délicatesse de ce vin de paille 1855, petite bouteille anonyme sans forme définie arrivée jusqu'à nous par l'entremise généreuse d'un collectionneur. Quelle merveille ! Ses arômes de caramel au lait, de beurre salé, son volume et sa suavité, ses notes d'orange confite et de fruits d'Avignon sont imprimés dans ma mémoire.
Extrait de Carnet de route d'Olivier Poussier in la Revue des Vins de France juin 2002
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