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Vins de Loire 2003 : on dirait le sud !
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Loire 2003 : on dirait le Sud !

Chaque année j'aime me rendre au Salon des vins de Loire à Angers, déambuler parmi les vignerons passionnés, m'imprégner de l'air du temps, de l'évolution de ce magnifique vignoble. Mes dégustations m'ont ainsi amené à découvrir un millésime 2003 aux accents fortement sudistes, canicule oblige !

Dans les deux couleurs, les vins impressionnent par leur volume et leur richesse de bouche. Il faut remonter à 1997 pour retrouver de tel vins dans la Loire. Toutefois, en 2003 la faiblesse des  acidités et la puissance en alcool du millésime donnent des vins moins tendus. Choisissez des vignerons réputés pour leur précision. Pour les blancs le minéral est parfois effacé par le gras et le support en alcool. Quant aux moelleux, la plupart des producteurs ont opté pour des vendanges passerillées : en l'absence d'humidité, le botrytis n'a pas pu se développer. Comment aborder ce millésime solaire ? Voici quelques cuvées qui m'ont enthousiasmé dans les appellations qui restent à découvrir.

A ce titre, je dois redire mon admiration pour le travail de Thierry Michon. Propriétaire du domaine de Saint Nicolas à Brem, dans les fiefs vendéens, ce viticulteur émérite donne une incroyable dimension à cette appellation méconnue. Ses vins de gamay sont prodigieux d'élégance et de finesse. Son gamay 2003, d'une couleur violine et profonde est tout simplement splendide. La palette aromatique révèle une maturité parfaite. Le fruit y est à la fois gourmand et croquant, d'une justesse époustouflante. Quelle fraîcheur, quelle densité ! Ici tout n'est que soyeux et volupté.

Toujours chez Thierry Michon, ma curiosité fut aiguisée par sa cuvée la Poire 2003, issue à 100% du cépage négrette. Si tout le monde connaît ce cépage très apprécié sur les appellations Côtes du Frontonnais et Vin de Lavilledieu, l'amateur sera sans doute surpris de le retrouver ici, dans le  val de Loire. Et pourtant, l'implantation de la négrette dans l'appellation des Fiefs  Vendéens n'a rien de révolutionnaire : sa présence comme cépage complémentaire est même mentionnée dans les textes. Je suis le premier à m'en réjouir, tant cette cuvée la Poire, issue d'une sélection draconienne et parfaitement vinifiée, m'a régalé par la dimension de son fruit, sa concentration et sa texture de bouche. Thierry Michon relève ici un superbe challenge, et il faut le remercier de défendre la diversité dans une appellation souvent ignorée, voire méprisée.

Pour cette raison, je vous emmène maintenant dans le pays nantais, et plus précisément dans le vignoble du Muscadet.  Voici encore une appellation qui souffre de l'indifférence de bon nombre d'amateurs. Il suffirait pourtant qu'ils dégustent les vins de Guy Bossard pour comprendre leur erreur. Ses trois cuvées, Gneiss, Expression de granite et Orthogneiss sont des modèles du genre en 2003, avec un très joli volume, sa bouche ample et ronde où le minéral apporte fraîcheur et persistance. Le cépage melon de Bourgogne quand il est vinifié avec précision comme sait le faire Guy, à basse température et avec des matières concentrées, produit une expression inoubliable.

Comment ne pas évoquer aussi le domaine de la Louveterie, la Haye-Fouassière, toujours en muscadet de Sèvres-et-Maine. Là Joseph Landron signe à mon sens la plus belle cuvée Amphibolite depuis sa création. Le millésime 2003 est dense, plein et conjugue puissance et fraîcheur. En quelques années, cette cuvée a terriblement gagné en expression terroir et en profondeur.

J'achèverai cette flânerie ligérienne par un magnifique blanc, pouilly-fumé, la Villa Paulus 2003 de Jean-Michel Masson, du domaine Masson-Blondelet. Je n'oublierai pas de sitôt sa prodigieuse palette aromatique, à la fois mûre, fine et complexe, et l'harmonie sidérante de sa bouche. Chapeau !


Extrait Carnet de Route d'Olivier Poussier in  la Revue des Vins de France mai  2004


 



Salon des vins de Loire


La note du sommelier :

Vendange passerillée :
Le passerillage se pratique sur souche ou sur paille. Il consiste pour la première méthode à pincer le pédoncule quelques jours avant la vendange pour stopper la sève et dessécher les grappes de raisins. Le passerillage sur paille des grappes est lui bien plus long (quatre à huit semaines) ; il concerne certains vins du jura (vin de paille). La vendange se fait alors grain par grain.

Botrytis :
amincissement de la peau du raisin sous l'effet de la pourriture noble du raisin due au champignon Botrytis Cinerea qui se développe dans certaines conditions de chaleur et d'humidité. L'eau du raisin s'évapore et la pulpe se dessèche augmentant la teneur en sucre et abaissant l'acidité.

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