| Grande descente de Montrachet ! Une dégustation verticale de Montrachet demeure un moment extraordinaire pour tout amateur de vin. Je dois au domaine Jacques Prieur d'avoir eu le bonheur d'en goûter récemment pas moins de onze millésimes, en compagnie de Nadine Gublin, l'œnologue du domaine. La maison Prieur possède deux parcelles sur ce terroir magique, situées sur la commune de Chassagne-Montrachet. La première de 37.73 hectares a été plantée en 1957 et en 1992. La seconde se situe sur la plus haute terrasse des " Dents de chiens ", 20.90 hectares replantés avec une densité de 13000 pieds / hectare. Equilibre Royal Le millésime 2005 impose immédiatement tout ce que l'on peut attendre d'un Montrachet : puissance et fermeté, avec une parfaite intégration du bois malgré un passage de 20 mois en fûts de bois neufs. La bouche est dotée d'un volume incroyable ! Une merveille d'équilibre, à laquelle une minéralité digne d'un Charlemagne assure persistance et finesse.
Le 2004 ne possède pas l'harmonie et le volume de 2005 ; son style est plus sphérique avec une acidité plus basse. C'est un vin plus facile d'approche, à la texture à la fois plus massive et la persistance moyenne.
Le 2003 s'exprime de façon légitime sur la puissance du millésime. Son boisé est toasté, la bouche se révèle opulente mais sans lourdeur, le support fraîcheur est apporté par une touche minérale qui apaise cette générosité.
Le 2002 est d'une grande rectitude, l'archétype du Montrachet à oublier en cave. D'une juste maturité, il affiche une grande rectitude de bouche, une minéralité à la limite de l'austérité et beaucoup de persistance. Ciselé comme à Chablis Suit un 2001 à la maturité plus hétérogène, déjà prêt à boire, dans un style classique, doté d'un bon support acide, en demi puissance. Il apparait cependant supérieur au 2000 qui n'a pas digéré son boisé et évolue sur des notes mellifères, d'infusion et de fougères. Sa bouche manque d'envergure, avec une pointe aqueuse en son milieu.
Le 1999 dévoile une grande complexité, une grande finesse de texture. Une touche minérale apporte un côté jonc, miel, fruits secs. La bouche est tendue et le vin se resserre, ciselé comme un grand chablis.
Le 1994 bascule dans un registre automnal avec une petite oxydation. D'amplitude moyenne, il faut le boire.
Dans un style différent le 1992 évolue sur des saveurs d'humus, de cake, de pain d'épices. Mais en bouche, la matière se délite et l'acidité fait défaut. Le vin semble déséquilibré.
Issu d'un millésime moins réputé, le 1991 se montre pourtant complexe et délicieux aujourd'hui avec des saveurs de beurre, d'acacia et de noisettes grillées.
Nous terminons cette dégustation par le 1990. Et quel 1990 ! Le vin se révèle à l'aération. Mûr et frais, sur des notes de pain aux céréales, de sésame, de biscuit. La bouche est magnifique, grasse, ample et dotée d'une belle persistance. Un vin immense d'une éternelle jeunesse.
|  Article paru dans la Revue des Vins de France en novembre 2007
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