| Le muscat aux mille facettes Bon nombre de muscats existent dans le monde. Il y a le muscat à petits grains très apprécié pour sa finesse, le très aromatique muscat d’Alexandrie, le moelleux muscat ottonel ou encore l’exubérant orange muscat. Mais la richesse de ce cépage tient également à la grande variété des méthodes utilisées par les vignerons pour le cultiver et le vinifier. Autant d’expressions que je souhaite partager avec vous afin de profiter de l’été et de ses saveurs.
Honneur au muscat à petits grains. Et plus précisément à celui provenant du secteur des Aspres, en Roussillon. J’avoue une tendresse particulière pour le muscat S’Arena 2003 du domaine La Casenove. Ce vin signé Étienne Montès est issu d’une vendange touchée par le botrytis, séchée par la tramontane et passerillée sur souche ensuite. Le résultat est splendide, une véritable révélation ! Quelle concentration aromatique ! Les nuances d’oranges confites se mêlent aux notes de marmelade d’abricot dans un registre d’une finesse extrême. La bouche se montre digeste, les 145 g de sucre résiduel sont parfaitement intégrés.
Place au muscat d’Alexandrie. L’une de ses plus émouvantes interprétations est sans doute celle que nous livre Felipe Gutiérrez de la Vega avec son moscatel Casta Diva Cosecha Miel 2003. Installé aux abords du village de Jaya, à Alta Marina dans la denominación de origen Alicante en Espagne, il élabore son muscat en le vinant et non en le mutant comme c’est plutôt la règle ici. Il opère donc une adjonction d’alcool de 2° environ alors que l’équilibre alcool, acidité et sucre est déjà défini. En fait, il s’agit d’une toute petite fortification finale. Résultat : le vin est magnifique avec ses nuances d’orangette, de zeste confit, de mandarine, sa bouche ample et suave, d’une très belle fraîcheur.
À suivre, orange muscat, moscato giallo et moscato greco. Quittons maintenant la vieille Europe pour la Californie, destination la Central Coast et la vallée de Salinas où se trouve le domaine Bonny Doon. Là, Randall Graham a vinifié son dix-neuvième millésime (2004) du remarquable muscat Vin de Glacière. Né de diverses variétés de muscat comme l’orange muscat, le moscato giallo et moscato greco, ce vin est élaboré par cryoextraction. Cela n’affecte en rien sa finesse. Les notes de yuzu (citron japonais) et de pêches de vigne se conjuguent avec celles de l’abricot. Une pointe d’épices, de bergamote et d’ananas souligne le tout. Le vin déploie une grande fraîcheur, et l’équilibre, certes déroutant, est sûrement l’un des plus aboutis depuis sa création. Le vin ne fait que 11,5° et la douceur n’est pas entêtante. Une réussite.
Et pour finir, le hoonepoot et l’emblématique vin de Constance. Et cette fois, direction l’Afrique du Sud. C’est grâce à Duggy Jooste, qui replanta le domaine en 1981, que nous pouvons apprécier aujourd’hui ce fabuleux muscat dont le premier millésime commercialisé fut 1987. Un menu plaisir, car seulement neuf hectares de hoonepoot (muscat de Frontignan) ont été replantés sur les 80 hectares du domaine. Ce muscat est passerillé sur souche, fermenté en cuve, laissé deux ans sur ses lies et mis en élevage deux autres années en demi–muid (500 litres). 2001, le dernier millésime sorti, est tout simplement magique. Doté d’une concentration et d’un équilibre merveilleux, il affiche une pureté et une précision extraordinaires. La palette aromatique évoque les fruits jaunes (abricot), la résine, la cire et le miel par petites touches. La bouche, suave et délicate, est tendue par une superbe acidité. Un millésime bien supérieur à 2000 et 1999. Avec ses 182 g de sucre résiduel et ses 8,5° d’acidité totale, ce muscat est bâti pour vieillir dans la cave de tout amateur de grands vins.
par Olivier Poussier pour la Revue des Vins de France octobre 2006
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