| Attention, vins corses en voie de minéralisation...
Il y a quinze ans à la fête de Luri, petit village du Cap corse, je découvrais le formidable éventail des vins corses et tombais sous le charme du vermentino, le très aromatique cépage blanc méditerranéen. J’ai tout de suite été impressionné par son potentiel. Complexité, équilibre, vieillissement… Il possède toutes les vertus pour produire de grands vins blancs. À l’Auberge du Coucou Originaire de Momenvassia, petit port du Péloponnèse, le vermentino colonise dès la plus haute antiquité la Grèce, l’Italie et plus précisément la Ligurie, la Toscane, la Sardaigne, et la Corse. Bien adapté à ces terroirs, il a depuis fait la renommée de ces vignobles. Une réputation que j’ai encore pu vérifier cet été dans l’appellation de Vin de Corse Calvi, avec tous les vignerons et Serge Ricco, restaurateur à l’Auberge du Coucou à Calenzana. Car ce dernier possède sans doute la plus belle œnothèque des vins de l’Île de Beauté et une carte des vins incroyable. Un Clos Culombu divin Lors de cette incroyable dégustation, nous avons pu apprécier la formidable complexité de ces vins blancs. Premier à ouvrir le ban, le Clos Culombu Prestige blanc 2000, carafé et servi à 11° C, s’est révélé divin. Notes de miel, d’infusion, petite pointe d’acacia, fraîcheur, équilibre, persistance et tenue… Ici, tout force le respect. Autre belle sensation : le Clos Reginu E Prove 2000. Après une phase de fermeture, le vin se définit par une minéralité dominante. Un peu coincé sur des notes terreuses et racinaire, il demande de l’aération pour développer amplitude et fraîcheur. Suit un autre vin carafé, la cuvée Vignola 200, de Bernard Renucci. Doté d’une perception plus fraîche, d’une certaine exubérance du fruit, le vin est complexe, ample, rond et d’une acidité basse. Le Clos Landry blanc 2000 suit. Minéral, il est plus mince mais il a bien vieilli, avec ses notes d’amande et noyau et sa pointe d’oxydation ménagée. Touche automnale Cette dégustation a étonné les vignerons présents sur place. Serge Ricco leur a fait la démonstration du potentiel du vermentino, méconnu en France. J’étais pour ma part très heureux. Il me reste encore en mémoire un vieux millésime du Clos Nicrosi, un vin corse de Porto-Vecchio 1987 du domaine de Torraccia. Une année de petite maturité qui a permis au vin de vieillir sur son support acide. Le résultat demeure surprenant : une teinte lumineuse, une palette sur des notes de tilleul et d’infusion, une pointe automnale, une évolution maîtrisée. La bouche a juste gagné en gras avec le temps.
Je songe également à un patrimonio blanc Cuvée du Gouverneur 1993 d’Orenga di Gaffory. Sur ce millésime, le vin avait totalement digéré son boisé et se définissait par une très belle fraîcheur.
Mais le plus impressionnant avec ces vins de vermentino, c’est qu’ils se “minéralisent” avec le temps et finissent par perdre leur accent méridional.
par Olivier Poussier pour la Revue des Vins de France novembre 2006 |