| En Croatie, soyez prc ! Le merveilleux vignoble de la côte adriatique possède une tradition viticole millénaire. Certaines îles de Dalmatie centrale et du sud sont d’ailleurs considérées comme les berceaux de la vigne.
L’une d’elles, l’île de Vis, doit sa notoriété au cépage vugava, le viognier de la vallée du Rhône. Les îles de Hvar, Brac et Korcula recèlent également de nombreux cépages originaux.
Mais plus incroyable encore est l’implantation des terroirs. Ici, le terme de coteau prend tout son sens. Sur l’île de Hvar, située en face de Split, la verticalité des terroirs donne le vertige. Depuis une hauteur de 650 mètres, le vignoble se jette dans la mer. Derrière la beauté de ce décor, on sent la main de l’homme. Vignes et sols sont ici travaillés avec sérieux.
Malheureusement, ce n’est pas le cas des installations techniques et des chais. Conséquences : beaucoup de vins souffrent de rusticité et manquent de précision aromatique. C’est en Istrie que j’ai dégusté les vins blancs les plus convaincants.
Cette région, qui touche la Slovénie au nord, possède un riche patrimoine ampélographique. Cépages blancs et rouges viennent tout droit du Frioul italien voisin. À mes yeux, le domaine Kabola, installé à Marino, en est un acteur de premier plan. Très belle expression de malvazija istarska, sa cuvée Réserve 2004, avec des notes de fleurs blanches, de pêches de vigne et d’épices douces, incarne à la perfection l’esprit de ces vins méditéranéens, puissants et équilibrés. Autre version de malvazija, la cuvée du domaine Coronica. Plus légère et plus facile, elle impressionne par son caractère désaltérant. Sur l’île de Hvar, Andro Tomic est certainement le vigneron le plus doué pour sublimer son terroir. Sa cuvée Saint Klément 2004, issue du cépage posip, illustre parfaitement cette maîtrise. L’autre tradition des vins blancs croates, ce sont les moelleux passerillés, cette grande spécialité du bassin méditérranéen. Assemblage de cépages bogdanusa, prc, marastina et trebbiano, la magnifique cuvée Hectorocvitch 2003 signée Andro Tomic en est l’archétype. Naturellement doux et non muté, ce vin de l’île de Hvar est passerillé un mois sur des bambous. Ses notes d’agrumes, de quinquina, d’orange confite participent à sa complexité. Un vin complet avec pourtant près de 130 g de sucre résiduel. L’île de Hvar produit aussi de splendides rouges. Là encore, Andro Tomic excelle. Le cépage plavac mali n’a pour lui plus aucun secret. J’ai goûté là un immense 2002 ! L’autre grand “sorcier” de l’île se nomme Zlatan Plenkovic. Il travaille le plavac mali avec le même art. À la dégustation, le style diffère pourtant. Son remarquable Grand cru 2003 se montre plus compoté. Mais les rouges ne sont pas l’apanage de Hvar. Le domaine Vinarija Dingac m’a surpris avec sa cuvée 2004 issue du cépage dingac. Un vin solide provenant du terroir lunaire des terrasses du Primorstein, non loin de Sibenik, au nord de Split. Très intéressant ! Pour finir, ce “voyage d’étude” n’a fait que renforcer ma profonde conviction selon laquelle la variété des vignobles européens participe à notre culture du goût, des goûts. Ces beaux terroirs viticoles constituent l’une des grandes richesses de notre vieux continent. Et je trouve particulièrement dommage que certains de nos investisseurs leur préfèrent les vignobles du Nouveau Monde. Nous avons tant de merveilles à nos portes. La Revue des vins de France n°503 de juillet/août 2006
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 Curieux impénitent, j’aime parcourir le monde à la découverte du vin, des vins. Mon dernier périple, je le dois à la célèbre tonnellerie Seguin Moreau qui, chaque année, propose à quelques professionnels de découvrir un vignoble étranger.
Cette année, il nous était proposé d’embarquer pour la Croatie, et plus précisément pour la région côtière qui s’étend de l’Istrie, au nord, aux portes de Dubrovnik, au sud. |  |