| Rosés d'Anjou : la Renaissance La vallée de la Loire ne brille pas uniquement par ses rouges et ses blancs. Dans le vignoble ligérien, les rosés s'illustrent de plus en plus. Les esprits chagrins souligneront que leur volume de production n'a, en effet, cessé d'augmenter ces dernières années. Je leur rétorquerai que le succès de ces rosés se nourrit de leur qualité, de plus en plus irréprochable. La famille des rosés de Loire est grande, leurs styles variés. Ils peuvent être secs et légers, à l'instar des vins gris issus de pressurage direct, plus soutenus lorsqu'ils sont issus de saignée, secs et tendres tels les Cabernets de Saumur, petite appellation qui, de par son décret, autorise une présence de sucre résiduel égale ou inférieure à 10 g. Les célèbres frères Foucault, à Chacé, nous en offrent une interprétation éblouissante. Certains rosés, comme le Rosé d'Anjou ou le Cabernet d'Anjou, peuvent encore être demi-secs, voire moelleux, quand le millésime le permet. Un fait unique en France. Mais ces derniers sont aujourd'hui en perte de vitesse. Seuls les marchés locaux de l'Anjou et du Saumurois, d'Asie et de Scandinavie se montrent encore adeptes de ce type de vins. La mauvaise réputation du Rosé d'Anjou et Cabernet d'Anjou fut longtemps justifiée. Pour la pallier, quelques vignerons attentionnés tentent aujourd'hui de redonner des expressions plus sincères, un fruit plus gourmand à ces rosés, désormais non chaptalisés et soufrés à dose homéopathique. Parmi eux, Vincent Ogereau, à Saint-Lambert-du-Lattay, réalise des Cabernets d'Anjou que j'affectionne tout particulièrement. Il n'est pas le seul. Le domaine de Bablud, propriété de Jean-Pierre et Christophe Daviau à Brissac, possède en la matière un savoir-faire ancien. J'ai eu la chance de déguster une verticale qui m'a laissé pantois : la complexité et la capacité de vieillissement de ces vins étaient admirables. Le millésime 1976 du domaine de Bablud, rosé foncé, aux reflets cuivrés mais toujours lumineux, se dévoile sur des notes de griottes et de cerises macérées, une touche compotée. Il évolue sur une palette aromatique bien mûre et gourmande, avec son côté pâte de fruits à la framboise. La bouche se montre suave (seulement 25 g de sucre résiduel), d'un équilibre superbe, et la "rétro" des saveurs sur des fruits confits lui donnent de la persistance. Idéal sur un clafoutis à la griotte.
Le 1964, plus orangé, brillant, exhale des nuances d'orangette confite, avec une pointe de cacao, une touche automnale de sous-bois. La bouche est ample et riche, dotée d'une douceur et d'une envergure supérieures. Avec ses saveurs de fruits macérés et d'épices, je le servirai sur un canard à l'orange. Olivier Poussier pour la Revue des vins de France mars 2006
|  |  Goûtez alors le 1959 du domaine de Bablud, le plus grand millésime dégusté. Sa robe révèle une couleur intense et jeune, aux reflets orangés comme le thé Rooibos d'Afrique du Sud, un nez complexe aux notes de cerise à l'eau-de-vie. Un ensemble d'une grande finesse, d'une fraîcheur incroyable. À servir avec un carré de cochon fermier braisé au miel, agrémenté de figues poêlées.
Le 1944, avec sa robe topaze foncé, ses notes de foin et d'infusion, n'est pas en reste. Une touche terreuse relevée au nez lui enlève cependant un peu de noblesse. Plus strict - une présence tannique tend le vin -, l'ensemble apparaît suave et harmonieux.
Pour finir, 1936 résiste étonnamment au temps. Certes, son côté fruits secs, miel et épices douces, sa touche de liège combinée aux nuances de sous-bois et d'humus au nez le rapprochent davantage d'un blanc moelleux à l'évolution que d'un rosé, mais une bonne acidité contrebalance sa douceur. Ce vin se suffit à lui-même.
|  |