| Le rouge, couleur en vogue pour les vins suisses ? Tour d'horizon du Cornalin au Gamaret... Si, comme je l'ai évoqué le mois dernier, les vins blancs représentent la fine fleur du vignoble suisse, les vins rouges leur disputent aujourd'hui cette suprématie. Dans le vignoble d'abord, où l'on dénombre 8031 hectares plantés de cépages rouges contre 71 222 pour les blancs. Sur les tables ensuite, où pinot noir, gamay, syrah, cornalin et gamaret démontrent leur valeur avec de plus en plus de justesse.
Le pinot noir suisse...
Ici, le pinot noir domine avec 4 609 hectares plantés. Présent dans de nombreux cantons, il offre des styles et des textures intéressantes, même si les vins manquent de précision. Un bémol qui ne doit pas pour autant occulter de très belles versions de ce cépage dégustées dans le Valais, tels le merveilleux pinot noir de Simon Maye, installé à Saint Pierre de Clage dans le canton de Neufchâtel, le formidable pinot noir les Rissieux 2000 de Jacques Tatasciore et, en suisse alémanique, les superbes terroirs des grisons et de Thurgovie où le pinot noir s'épanouit. De tels terroirs, le gamay suisse en a trouvé dans le canton de Genève, à Satigny précisément. Là, Jean-Michel Novelle élabore une cuvée Grain noir inoubliable. Riche, pleine, étoffée, elle impressionne par son fruit et sa fraîcheur.
la Syrah suisse... La grande réussite reste la syrah, spécifiquement dans le Valais, un vignoble de type rhodanien. Ici, on déniche de petites merveilles qui s'approchent de grandes expressions des vins de la vallée du Rhône nord. Vous en doutez ? Goûtez les vins de Denis Mercier. Sa syrah su Predec 1992 rappelle par sa complexité, son lardé et son fumet, une côte-rôtie. Pour finir de vous convaincre, dégustez la syrah 2002 de Philippe Darioli, à l'expression pleine et profonde, ou encore la Grande cuvée vieilles vignes 2002 de Simon Maye, extraordinaire de subtilité, de complexité. Sans aspérité ni dureté, voilà un vin soyeux.
et les cépages autochtones suisses.
Cépage autochtone, le cornalin sait aussi se distinguer. Lui qui ne représente que 38 hectares, exclusivement plantés dans le Valais, révèle une vraie personnalité. Jeune, sur le fruit, il se montre gourmand, souple, aérien. Dominique Rouvinez, la cave d'Orsat, l'a bien compris, et sa cuvée Primus Classicus 2001 est un cornalin plein de vertus. Sa rondeur et sa fraîcheur en fait un vin très agréable. Mais ce cépage n'a pas peur de prendre quelques rides. Benoît Dorsaz, dans le secteur de Fully, en est convaincu et a produit une cuvée Quintessence 2001 bâtie pour la garde. D'une maturité parfaite, elle développe des notes de fruits noirs, avec une touche de prune et d'épices, soulignées par un élevage sérieux. Et comme pour mieux démontrer cette aptitude au vieillissement, Denis Mercier a élaboré sur le terroir argilo-calcaire de Sierre un formidable cornalin 1998. D'une texture concentrée avec des tanins patinés, il se déguste parfaitement bien aujourd'hui. Dernier cépage suisse à mériter de paraître ici : le gamaret qui, comme le garanoir, est un croisement de gamay et de reichensteiner. Planté dans de nombreux secteurs de la Suisse viticole, ce cépage séduit par son caractère fin et équilibré. Un caractère parfaitement retranscrit dans le gamaret 2003 de Stéphane Gros, vigneron dans le canton de Genève. De robe violine, au nez de fruits noirs et d 'épices douces, ce vin révèle une bouche charnue et dense, avec une texture digeste. Dans le même registre s'inscrit le gamaret de Jacques Dupraz du domaine des Curiades qui, avec sa cuvée Absolu 2002, signe un vin puissant, épicé, légèrement sauvage.
Continuez ainsi, messieurs, et le rouge deviendra la couleur en vogue de côté-ci des Alpes.
La Revue des Vins de France mars 2005.
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