| Vins grecs : Dionysos peut être fier... J'ai toujours éprouvé une affection particulière pour la Grèce et son vignoble. Depuis plusieurs années, je suis avec attention l'évolution de ces vins injustement boudés en France. Il est vrai qu'il est difficile, à Paris ou en Province d'échapper à la médiocrité "retsina" de basse extraction et aux nombreux muscats de Samos sucraillons vendus en grande surface. Pourtant, la variété de ce vignoble mérite mieux. Jugez plutôt ! Macédoine, Thrace, Epire et Thessalonnie, Péloponnèse... autant de régions, autant de styles, de philosophies... Tantôt installées en montagne afin de tempérer les ardeurs du soleil méditerranéen, tantôt plantées dans les îles et ventilées par la brise marine, les vignes offrent ici des raisins d'une unique richesse aromatique.
Et que dire de la beauté des vins ! Ils présentent dans leurs arômes et dans leurs équilibres une fraîcheur et une appétence dignes de vins plus septentrionaux.
On trouve ainsi de superbes vins blancs dans le Péloponnèse. Ma première palme je la décerne donc au domaine Gaia. Et plus particulièrement à sa cuvée Rinitis 2003 élaborée sur les collines de Nemea, non loin de Corinthe, à partir du cépage Roditis. Il s'agit d'un retsina, mais qui ne ressemble à aucun de ceux que j'ai pu déguster au cours de ma carrière de sommelier. Ici, la résine de pin d'Alep est assemblée avec modération à un vin parfaitement vinifié, issu d'une vendange saine (et non pas issu de raisins abîmés, comme c'est trop souvent le cas), sans caractère oxydatif. Un modèle du genre, un vin d'épicurien.
Toujours dans cette région du Péloponnèse, mais dans un registre différent, j'ai été ébloui par la cuvée Don de Dionysos 2003 du domaine Athanase Parparoussis, issue du cépage autochtone, le sideritis. Le vin est frais, doté d'une palette aromatique épicée, florale aux arômes d'iris et de glycine. La bouche, à la puissance en alcool maîtrisée, se montre harmonieuse. Un ravissement !
Tout aussi équilibrés sont les vins de l'archipel des Cyclades. Aux sceptiques, je donnerais à déguster la cuvée Kallisti 2003 du domaine Boutari, en appellation Santorini. Sur des sols volcaniques, le cépage assyrtiko prend ici une dimension époustouflante. Entièrement fermenté sous bois, le vin exprime à la fois puissance et finesse. Une évidence lorsque la gestion de la barrique se montre irréprochable. Enfin la Grèce, c'est l'hédonisme des vins de dessert. Dégustez le sublime vin du domaine Mercouri, baptisé Chortes. Il provient de deux cépages le Mavrophani (55%) et le Korinthiaki (45%). Les vignes sont situées sur la côte Ouest, près de l'Olympie. Les raisins sont vendangés en surmaturité et mutés sur grains en milieu de fermentation. Le vin est élevé pendant cinq ans. Il présente une robe chocolatée, un nez superbe de cacao, de pralin de pruneaux, de havane. La bouche est ample, riche suave, harmonieuse malgré 120g de sucre résiduel. Ce vin fera le bonheur des amateurs de desserts au chocolat et des fumeurs de cigares, car il arbore dans ses arômes et ses saveurs toute la panoplie grillée et empyreumatique d'un grand havane. La revue des Vins de France janvier 2005. ... |  | 
Le talent du vignoble grec s'exprime aussi dans ses vins rouges.
Deux perles. Le domaine Gaia, encore lui, a réalisé en 2001 un némea de très belle facture. Humaniste en diable. Concentré, sans aucune lourdeur, ce vin savoureux, aux tanins enrobés affiche un potentiel des plus prometteurs. Eh oui, les vins grecs peuvent aussi se garder. Et plus au nord, en Macédoine, le domaine Kir-Yianni. Ce dernier propose une superbe expression du cépage Ynomavro qui possède le fruit du pinot noir et la matière de bouche d'une syrah. Le 2001 est une splendeur. |  |