| Israël : la révélation Bien sûr que je connaissais les vins d'Israël. Je les avais goûtés, notamment en préparant le concours du meilleur sommelier du monde. Mais pour être tout à fait honnête, je n'en gardais pas un grand souvenir. Eh, bien, j'ai changé d'avis ! Une récente dégustation de vins israéliens à Paris m'a démontré que ce vignoble méditerranéen tient désormais le bon cap et est aujourd'hui apte à produire des vins attachants. Ma préférence va aux vins rouges. Leur fraîcheur, leur finesse, leur harmonie sont parfois stupéfiantes. La formidable cuvée Adom 2001 du domaine Saslove, une propriété fondée en 1995 et située dans la région de Shomron au nord est de Tel Aviv est un bel exemple du potentiel des nouveaux vins israéliens. Ce 100% cabernet-sauvignon doté d'une robe profonde, à la juste maturité du fruit, dévoile un boisé bien géré, une structure charnue, seveuse et élégante.
Dans le même registre, j'ai apprécié le cabernet-sauvignon du domaine Margalit au Sud de Zichron Ya'acov, dans la région du Shomron. Cette superbe cuvée affiche un style plus languedocien, aux nuances d'épices et de garrigue. Le fruit est mûr et gourmand, la structure dense mais sans rusticité. Tout aussi marquée par ce caractère sudiste, la cuvée Yatir Forest du Domaine Yatir, à côté de Tel Arad, au Sud de la Judée, présente une belle concentration aromatique, des arômes de pin et d'eucalyptus associés à un fruit mûr et propre. La bouche est charnue, les tanins sont encore un peu fermes mais de bon niveau. L'élégance caractérise aussi le grand vin 2000 du domaine Castel, un assemblage de cabernet-sauvignon (70%) et de merlot (30%) élevé 24 mois sous bois. Un vin profond doté d'une belle sève complexe sur des nuances balsamiques et épicées, d'une trame de bouche harmonieuse et élégante.
Pour sa finesse, j'ai aimé la très jolie cuvée Classico, du domaine Flam, dans le Sud de la région de Samson. Composée à part égale, de merlot et de cabernet, élevée six mois en barriques, elle séduit par sa fraîcheur et sa pureté. Enfin, les vins du domaine Yarden, sur le plateau de Golan, en Galilée, illustrent ce que l'altitude peut apporter à un vignoble dans les régions chaudes : le rafraîchissement de la nuit vient modérer le processus de maturation des baies accéléré par le soleil au cours de la journée, évitant aux vins d'être trop lourds. Et les vins blancs ? Ils sont trop souvent techniques ou internationaux dans leur style. Il est vrai que ce pays ne possède pas de cépage autochtones, ce qui ne facilite pas la tâche des vignerons israéliens. Accordons un accessit au chardonay 2003 du domaine Tepeberg, de la Ella Valley dans les montagnes de Judée, mûr et exotique dans sa définition, avec une structure sérieuse, ample et grasse : il fixe les canons de ce que pourraient être à l'avenir les meilleurs vins blancs israéliens. Le chardonnay 2001 du domaine Castel, dans le secteur de Jérusalem en Judée, présente aussi une jolie définition après trois années d'évolution : bonne maturité de vendange et élevage sérieux donnent un vin riche, savoureux, d'une bonne acidité en finale. Carnet de route in la Revue du Vin de France de septembre 2004
|  |  |  | Evolution du vignoble israélien |  |  | Depuis le début des années 80, le vignoble israélien connaît une réelle mutation. Comme au Liban ou en Turquie, l'observation et la curiosité ont incité certains vignerons à modifier les zones de plantation. Si l'on met de côté la part importante de la production gâtée par une trop forte dilution, un manque de maturité et de concentration, les vins les plus sérieux impressionnent. Techniquement bien faits, ils s'imposent régulièrement à l'aveugle, sans rien renier de leur caractère sudiste. De quoi être optimiste pour l'avenir !
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