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Vive les vins du Beaujolais !

La campagne des primeurs dans le Beaujolais est toujours un moment cocasse ou l'on voit les amateurs chercher à tout prix quelle est la typicité aromatique du millésime, quel fruit domine. Au-delà de l'anecdote, force est de constater que cette année, les beaujolais nouveaux affichaient un style et une structure peu orthodoxes pour des vins de soif. Le millésime 2003 a donné naissance à des vins riches, dotés d'une bonne facture. Les rendements faibles- eh, oui ! - ont permis à certains vignerons d'élaborer des cuvées aux arômes proches du raisin, sans technicité fermentaire dominante.
J'arrête là mon discours philosophique sur les vins nouveaux, mais je ne suis pas loin de penser qu'en 2003 sur les beaujolais, Nous avons assisté à une petite révolution avec des Beaujolais nouveaux qui ressemblais plus à des villages et des villages plus à des crus, tant dans le Rhône qu'en Saône et Loire.
Parmi les très bons vins nouveaux que j'ai pu déguster, mon premier coup de cœur va à Jean-Claude Lapalu à Saint Etienne La Varenne pour son superbe beaujolais-villages nouveau. Un vin gourmand sur les fruits noirs et rouges, charnu, étoffé, à l'équilibre de saveurs remarquable. Mon second oscar je l'adresse à Jean-Paul Brun des terres Dorées à Charnay, qui souligne plusieurs cuvées splendides . Dans le même esprit, j'ai apprécié la cuvée Paul Large à Odenas pour son amplitude de bouche et son fruit. Et puis il y a eu Georges Trichard, à Saint Amour, auteur d'un vin élégant, doté d'un fruit plus compoté, Jean Foillard, à Villiers-Morgon, avec sa cuvée issue du secteur de Saint Jean d'Ardières, savoureuse et fruité à souhait, et Pascal Aufranc, à Chénas, avec ses vins puissants et riches.

La découverte du millésime 2003 fut donc riche en surprises. Les plus belles découvertes m'attendaient dans les crus du Beaujolais. Bien sûr, j'y ai trouvé des vins vendangés trop tôt ou trop tard, ou le caractère végétal des tanins le disputait au fruit confituré, mais j'ai vraiment été impressionné par quelques très beaux vins. Je débuterai par Brouilly, avec pour premier accessit le Côte-de-Brouilly la Fournaise du Pérou de Robert Perroud, d'une incroyable concentration et d'une texture soyeuse. Puis dans le même registre, le brouilly la Cuvée des Fous de Jean-Claude Lapalu. Enfin, bravo à Laurent Martray pour son brouilly Corenthins goûté sur fût mais déjà doté d'une concentration et d'un velouté rarement atteints par cette cuvée.
En poussant vers Saint Amour, au domaine des pins de Jean-François Echallier, j'ai pu déguster, avant assemblage, des cuvées prometteuses, puissantes et riches. Du côté de Fleurie, Michel Chignard m'a proposé deux cuvées merveilleuses. Les vieilles vignes sont charnues, denses et sa cuvée des Moriers affiche une texture et une charpente d'une grande race. A Morgon, les 2003, de Louis-Claude Desvignes et Claude Emmanuelle, sa fille, sont magnifiques. Pleine, concentré et savoureuse, la côte du Py a du caractère, mais le Javenières est à la fois velours et patine, avec une sève de grande classe. Et le plus extraordinaire, c'est que les deux terroirs goûtés sur une verticale de dix ans, côte à côte, démontrent un effet terroir prodigieux. Merci de ce moment intense.
Il faut aussi découvrir les Vieilles Vignes et Jeanne du Domaine Calot, toujours d'un excellent niveau ; puis dans un style différent, le morgon Côte du Py de Jean Foillard, sur la griotte, kirsché, plein et gouleyant. Du vin à boire.
Je finirai mon petit tour d'horizon par Romanèche-Thorins et ma rencontre avec les Janin, père & fils. Leur moulin-à-vent Les Greneriers se présente très bien, concentré, plein avec une classe et un fruit d'une pureté exquise. Les 2001, aussi bien le domaine des vignes du Tremblay que le Clos du Tremblay, ainsi que la cuvée de macération carbonique sans nom, élevée dix mois en fût d'un vin mettant en relief le travail colossal effectué à la vigne, au tri pendant les vendanges et à la vinification. Vive les vins du Beaujolais !
Extrait du Carnet de Route d'Olivier Poussier in la Revue des Vins de France Printemps 2004

 
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Crédit Photo :
vins du Beaujolais
uivb par Pierre Cottin

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