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1947, vertigineuse horizontale Ma vie de sommelier est jalonnée de moments exceptionnels. Le dernier en date ? ... une dégustation unique autour du millésime 1947 à l’hôtel Beau Rivage, à Genève. Lafite, Margaux, Haut-Brion… Épaule contre épaule, tous les grands crus bordelais. Voici les moments forts, mais aussi les déceptions de cette dégustation inoubliable. Majestueux Château Lafite
Millésime mythique à Bordeaux, 1947 a donné naissance à quelques vins fantastiques, à l’instar de Château Lafite. Subtil et raffiné, avec ses arômes tertiaires, ses nuances classiques d’humus et de sous-bois, d’encens et de bois précieux, de cèdre et de havane, il séduit par sa finesse et sa texture veloutée. Certes, il n’est pas des plus opulents, mais il dévoile une plénitude incroyable, intemporelle. La majesté ! Décevant Château Margaux
Encore sur mon nuage, je déguste Château Margaux. Là, cruelle déception. Sur les trois bouteilles ouvertes, impossible d’échapper à cette sensation de vin un peu fané. Un déclin confirmé en bouche. Heureusement, se profile Château Gruaud-Larose. Premier millésime de Jean Cordier, Gruaud-Larose 1947 impressionne par la fraîcheur de ses arômes (cèdre, boîte à crayons…), par sa constitution, sa concentration. Seuls ses tanins, un peu décalés en finale, lui font perdre un peu de noblesse. L’esprit élevé par ce très joli Gruaud-Larose, je me tourne vers Château Latour 1947. Quel formidable Pauillac ! Très mûr, avec ses notes de baies noires et sauvages, de cacao et d’épices, son boisé oriental, son caractère laqué qui lui donne de la complexité. Encore plein de vie, ce vin subjugue. Château Mouton Rothschild, mon favori
Château Mouton Rothschild, encore deuxième cru classé à l’époque, arrive alors. Quelle jeunesse ! La grande classe du cabernet-sauvignon s’oppose ici à la maturité du millésime. Somptueux, ce vin possède une envergure à faire palir son illustre cadet, 1982. Vient le tour de Château La Mission Haut-Brion, puis de Château Haut-Brion. Le second est plus solaire. Les notes de fruit à l’eau-de-vie, d’olive noire mêlées à des nuances lardées lui confèrent un côté languedocien. La Mission Haut-Brion, mon favori, est au-dessus, avec sa grande complexité aromatique (truffe noire, cuir…), le fruit encore présent… Un vin très harmonieux que le temps n’affaiblit pas. Un peu comme Cheval Blanc d’ailleurs. En grande forme, ce dernier arbore un profil méridional. À le humer, j’avais l’impression de sentir un amarone de Valpolicella, avec ses notes de cacao et de tapenade. Remarquable Château d’Yquem
Nous finissons avec les sauternes. Face à face, Château Gilette et Château d’Yquem. Les deux vins s’opposent. Savoureux, Château Gilette séduit par son côté ligérien : coing confit, fines notes de caramel. Sublime, Château d’Yquem dévoile une riche palette aromatique autour de la mangue et de l’abricot, soulignée par le miel, l’encaustique et l’encens. D’une grande classe, d’une persistance incroyable. Un final de toute beauté. A bientôt,

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